Mon humeur musicale du moment :
"When the lights go down"
Prince (1999)
  

samedi 28 mai 2011

Le poète et le violoncelle


Matthieu Saglio, magnifique violoncelliste, accompagné par Emilio Garrido, sur un très beau poème d’Antonio Colinas "Conocéis el lugar ?", il y a quelques temps au Satellit café de Roanne.

Encore un moment sublime, à écouter en silence...


Conocéis el lugar donde van a morir
Las arias de Händell ?
Creo que es aquí, en este espacio
Donde se inventa la infinitud de los amarillos;
Un espacio en el centro del centro de Castilla
En el que nuestros cuerpos
Podrían sanar para siempre
Si tus ojos y mis ojos
Mirasen estos páramos
Con piedad absoluta
Y en donde hasta el espíritu suele arrodillarse
Para hacernos su ofrenda
En rosales de sangre.
En este espacio hay un fuego blanco
En el que viene a expirar esa música
Que nos llega de tan lejos !
Conocéis el lugar donde van a morir
Las arias de Händell ?
Está aquí, en una tierra con más cielo que tierra,
Donde los ruiseñores serenan la alameda
Y la alameda serena a los ruiseñores,
Y con la emanación
Húmeda del tomillo más nocturno,
Acude un enjambre de estrellas
A venerar la última espina de Cristo.
Es el lugar donde la luz
Llora luz
Y la catedral de los cardos
Alza su grito de silencio,
Y están solas, muy solas, las vírgenes anunciadas,
Y el pueblo amurallado y muerto
Asciende vivo sobre un horizonte de lágrimas,
No sé si como un salmo
O como una corona de piedras inciertas.
Conocéis el lugar donde van a morir
Las arias de Händell ?
Está aquí, en el centro del centro de Castilla,
Donde por los linderos morados
Se tensa, como un arco, la luz;
Es un espacio en que la nada es todo
Y el todo es la nada,
Y en el que junio joven viene por los montes
Vertiendo de su copa oro líquido.
Es un lugar en el que el espacio y el tiempo
Sólo son una hoguera
Que arde y que mantiene su combustión
Gracias a nuestras vidas (quiero decir :
Gracias a nuestras muertes).
La música que más amáis
Aquí tiene su tumba.
Es la música que, a través de la respiración de las espigas,
Viene a morir en la luz que respiran nuestros pechos.
Antonio Colinas
Desiertos de la luz

Photo de juanjominor

Connaissez-vous l’endroit où vont mourir
Les airs de Händell ?
Je pense que c’est ici, dans cet espace
Où a été inventé l’infinité des jaunes;
Un espace dans le centre du centre de la Castille
Dans lequel nos corps
Pourraient guérir pour toujours
Si tes yeux et mes yeux
Regardaient ces étendues désertiques
Avec une piété absolue
Et où même l’esprit a l’habitude de s’agenouiller
Pour nous offrir sa gerbe
De rosiers de sang.
Dans cet espace il y a un feu blanc
Dans lequel vient expirer cette musique
Qui nous arrive de si loin !
Connaissez-vous l’endroit où vont mourir
Les airs de Händell ?
C’est ici, dans une terre avec plus de ciel que de terre,
Où les rossignols apaisent l’allée de peupliers
Et l’allée de peupliers apaise les rossignols,
Et avec l’émanation
Humide du thym au milieu de la nuit,
Arrive un essaim d’étoiles
Pour vénérer la dernière épine du Christ.
C’est le lieu où la lumière
Pleure la lumière
Et la cathédrale de chardons
Elève son cri de silence,
Et elles sont seules, très seules, les vierges annoncées,
Et le peuple entouré de murailles et mort
Se relève vivant sur un horizon de larmes,
Je ne sais si c’est comme un psaume
Ou comme une couronne de pierres incertaines.
Connaissez-vous l’endroit où vont mourir
Les airs de Händell ?
C’est ici, dans le centre du centre de la Castille,
Où par les limites mauves
La lumière est tendue comme un arc;
C’est un espace où le néant est tout
Et où le tout est néant,
Dans lequel le jeune juin vient par les montagnes
Verser sa coupe d’or liquide.
C’est un endroit où l’espace et le temps
Sont seulement un bûcher
Qui brûle et qui maintient sa combustion
grâce à nos vies (je veux dire :
grâce à nos morts).
La musique que vous aimez le plus
A ici son tombeau
C’est la musique qui, à travers la respiration des épis,
Vient mourir dans la lumière que respirent nos cœurs.
Antonio Colinas
Déserts de la lumière



mardi 24 mai 2011

La découverte de Youn Sun Nah



Youn Sun Nah  est une artiste sud-coréenne, née à Séoul, qui décide à l’âge de 20 ans de s’installer à Paris pour apprendre le chant et le jazz… 
Les années passent et après six albums restés confidentiels, à l’automne dernier, elle sort son septième album Same girl et c’est la révélation. 
De sa voix douce et émouvante, elle nous emmène dans son univers magique et nous balade dans ses compositions personnelles ou en revisitant des standards du jazz (My favorite things) ou du rock (Enter Sandman de Metallica), en passant par une version très touchante de La chanson d’Hélène (tirée du film "Les choses de la vie"), entre autres.
Pour moi, il a fallu un hasard (encore un…) pour que je la découvre il y a peu grâce à cette reprise de My favorite things. 
Juste avec sa voix, en s’accompagnant d’une kalimba, instrument de musique africain dont j’adore le son, elle m'a touchée en plein coeur par la grâce de son interprétation.
"J’aime le vide. Moins il y a d’instruments sur scène, mieux je me sens", dit-elle.
Lorsque l’Afrique, berceau de l’humanité et l’Asie, région du soleil levant se réunissent, ça donne un moment infiniment beau et bouleversant.



"When I'm feeling sad
I simply remember my favorite things
and then I don't feel so bad"



samedi 21 mai 2011

La belle ouverture de Daho


Je ne connais pas bien le répertoire d’Etienne Daho, à part ses grands succès qu’on entend à la radio, pas désagréable à écouter mais sa voix ne m’a jamais vraiment transportée.
Et puis un jour, une petite libellule m’a fait découvrir cette chanson (merci à elle) et j’ai eu comme un coup de foudre immédiat, musical et pour le très beau texte qui me parle bien aujourd’hui encore.
Cette "ouverture" est née en 1999 et on peut la trouver dans l'album "Corps et armes" sorti en 2000 ou dans ses albums live. 
Etienne Daho l’a composée avec les Valentins (Edith Fambuena et Jean-Louis Piérot).
A noter que les Valentins ont travaillé avec de nombreux artistes et notamment avec Bashung pour le magnifique album (et mon préféré) "Fantaisie militaire"…
La voici en version live :

Il n'est pas de hasard
Il est des rendez-vous
Pas de coïncidence
Allez vers son destin
L'amour au creux des mains
La démarche paisible
Porter au fond de soi
L'intuition qui flamboie
L'aventure belle et pure
Celle qui nous révèle
Superbes et enfantins
Au plus profond de l'âme

Portée par l'allégresse
Et la douceur de vivre
De l'été qui commence
La rumeur de Paris
Comme une symphonie
Comme la mer qui balance

J'arrive au rendez-vous
Dans l'épaisse fumée
Le monde me bouscule
Réfugié dans un coin
Et observant de loin
La foule qui ondule,
Mais le choc imminent
Sublime et aveuglant
Sans prévenir arrive

Je m'avance et je vois
Que tu viens comme moi
D'une planète invisible
Où la pudeur du cœur
Impose le respect
La confiance sereine
Et plus tu t'ouvres à moi
Et plus je m'aperçois
Que lentement je m'ouvre
Et plus je m'ouvre à toi
Et plus je m'aperçois
Que lentement tu t'ouvres

Il fut long le chemin
Et les pièges nombreux
Avant que l'on se trouve
Il fut le long le chemin
Les mirages nombreux
Avant que l'on se trouve

Ce n'est pas le hasard
C'est notre rendez-vous
Pas une coïncidence


lundi 9 mai 2011

Bob Marley, le prophète rasta



Il y a 30 ans disparaissait un tout grand de la musique, un prophète rasta, un fumeur de marijuana aux dreadlocks légendaires, un être humain porteur d’espoir pour tout le peuple jamaïcain et pour tous les peuples opprimés, un immense artiste.
Je regrette encore aujourd'hui de ne pas avoir fait partie de toutes ces personnes qui ont pu le voir en concert pendant sa tournée européenne en 1980, en Allemagne, en France, en Suisse (au Hallenstadion de Zurich) ou en Italie.
Sa dernière tournée… oui, mais qui pouvait le savoir ?
Le 11 mai 1981, au lendemain de l’élection de Mitterrand en France, Bob Marley partait rejoindre les anges.
Il avait 36 ans, c’était il y a 30 ans, purée, j’y crois pas.
Sa musique s'écoute aujourd'hui exactement comme hier, dans le monde entier. Elle n'a pas pris une ride. Je peux même dire qu'elle se transmet de génération en génération et va bien au-delà d'un simple rythme chaloupé de reggae, certains de ses messages sont toujours de circonstance.
Quand ma petite nièce me dit, il y a 2 ans, qu'elle vient chez moi parce que ses parents sont au concert de Bob Marley... (bon, c'était Bob Dylan en fait !), ça me remplit de bonheur. Elle connaît et continuera à écouter Bob Marley en grandissant et là je me dis que la relève est assurée, que malgré mes doutes parfois, je peux continuer à avoir de l'espoir pour l'avenir de l'humanité.
Un très beau documentaire retrace sa vie, sa carrière et l’histoire de la Jamaïque des années 60, "Rebel Music", qu'on peut voir en cliquant ici, traduit en français.
Jah Rastafari... 

Quelques unes de ses chansons parmi tant d’autres, difficile de faire un choix :

Stir it up - 1973

Get up, stand up – Londres 1977

Exodus – Santa Barbara 1979

Jammin’ – Dortmund 1980           

Natural mystic – Dortmund 1980
Peace to you Bob