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"When the lights go down"
Prince (1999)
  

mercredi 25 août 2010

Et si on parlait poésie ?



Pour faire le portrait d'un oiseau
Peindre d'abord une cage 

avec une porte ouverte 

peindre ensuite 

quelque chose de joli 

quelque chose de simple 

quelque chose de beau 

quelque chose d'utile 

pour l'oiseau 

placer ensuite la toile contre un arbre 

dans un jardin 

dans un bois 

ou dans une forêt 

se cacher derrière l'arbre 

sans rien dire 

sans bouger...

Parfois l'oiseau arrive vite 

mais il peut aussi bien mettre de longues années 

avant de se décider 

Ne pas se décourager 

attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau 

n'ayant aucun rapport 

avec la réussite du tableau 

Quand l'oiseau arrive 

s'il arrive 

observer le plus profond silence 

attendre que l'oiseau entre dans la cage 

et quand il est entré 

fermer doucement la porte avec le pinceau 

puis 

effacer un à un tous les barreaux 

en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau 

Faire ensuite le portrait de l'arbre 

en choisissant la plus belle de ses branches 

pour l'oiseau 

peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent 

la poussière du soleil 

et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été 

et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter 

Si l'oiseau ne chante pas 

c'est mauvais signe 

signe que le tableau est mauvais 

mais s'il chante c'est bon signe 

signe que vous pouvez signer 

Alors vous arrachez tout doucement 

une des plumes de l'oiseau

et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques PRÉVERT, Paroles


3 commentaires:

dragonfly a dit…

Quelques mots empruntés à Andrée Chedid, qui dit que 'Pour être, la poésie n'attend que notre regard', une petite phrase croisée au détour d'une page qui signifie beaucoup pour moi qui, comme l'oiseau de Prévert, ai mis de longues années avant de me décider. Je nous souhaite simplement d'ouvrir les yeux encore et toujours pour suivre le fil de la merveille. Belle journée de mon grand nord gris bleu aujourd'hui.

Corinne a dit…

Pour moi, ce sera ces vers, qui m'émeuvent toujours autant quant ils sont dits par Bashung, et qui trottent tout le temps dans ma tête depuis que je les connais :

"Chanter ne peut guère valoir
Si du fond du coeur ne monte le chant
Et le chant ne peut monter du coeur
Si en lui il n'y a amour du coeur
C'est pourquoi je chante parfaitement
Car en la joie d'amour j'ai engagé
La bouche, les yeux, le coeur, le sens
(...)Le poème est authentique et parfait,
il est bon pour qui l'entend,
Bernard de Ventadour le dit, le fait,
et de la joie en ressent"

Bernard de Ventadour (autour de l'an 1000)

Pao a dit…

Oui, oui, gardons les yeux bien ouverts, le merveilleux est partout.
Andrée Chedid a aussi écrit pour un mystérieux Mister
"Je dis “aime”, comme un emblème, la haine, je la jette."

ça vous dit quelque chose ?
Les vers que tu cites, Corinne, de ce Monsieur de Ventadour, poète de l’an 1000, sont très beaux, le texte mériterait de figurer en entier sur ce blog et surtout avec la voix sensible et émouvante de Bashung… Je vais voir ce que je peux faire !
Et puis, on peut parler poésie dans l'oeuvre de Bashung, dans ses textes et dans son univers, on y reviendra sûrement.

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