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samedi 6 avril 2013

Domenico Modugno - Amara terra mia


Cette chanson très émouvante, écrite par Domenico Modugno en 1971, est dédiée à tous les italiens qui, dans les années ’50 et ’60, ont dû quitter leur terre et émigrer ailleurs en espérant pouvoir trouver travail, pain et chocolat…

Mes parents en ont fait partie.
Et mon père aimait beaucoup Domenico Modugno.


A mon papa




dimanche 26 août 2012

La storia siamo noi - Francesco De Gregori


C’est en découvrant récemment une vidéo incroyable (que l’on peut voir en cliquant ici) qui nous raconte en 2 minutes l’histoire de l’humanité avec ses beautés et ses tragédies, et peut-être aussi en entendant la nouvelle de la mort de Neil Armstrong, que les souvenirs d’une petite fille ébahie devant ces images lunaires et irréelles sont remontés à la surface.

M’est alors revenue en mémoire une magnifique chanson de Francesco De Gregori, autre grand cantautore italien et ami de Lucio Dalla.
"La storia siamo noi". 
Oui, l’histoire, c’est nous…


Album : Schacchi e Tarocchi (1985)

La storia siamo noi, nessuno si senta offeso
L'histoire, c'est nous, que personne ne se sente offensé
Siamo noi questo prato di aghi sotto il cielo
Nous sommes ce champ d'aiguilles sous le ciel

La storia siamo noi, attenzione, nessuno si senta escluso
L'histoire, c'est nous, attention, que personne ne se sente exclu

La storia siamo noi, siamo noi queste onde nel mare

L'histoire, c'est nous, nous sommes ces vagues sur la mer
Questo rumore che rompe il silenzio

Ce bruit qui rompt le silence

Questo silenzio così duro da raccontare
Ce silence si dur à raconter

E poi ti dicono : "Tutti sono uguali, tutti rubano alla stessa maniera"
Et puis, ils te disent : "Tous sont égaux, tous volent de la même façon"
Ma è solo un modo per convincerti
Mais c'est seulement une manière pour te convaincre 


A restare chiuso dentro casa quando viene la sera
De rester enfermé chez toi quand vient le soir
Però la storia non si ferma davvero davanti a un portone

Pourtant, l'histoire ne s'arrête pas vraiment devant un portail
La storia entra dentro le stanze e le brucia

L'histoire entre dans les pièces et elle les brûle
La storia dà torto o dà ragione
L’histoire donne tort ou raison
La storia siamo noi, siamo noi che scriviamo le lettere
L'histoire, c'est nous, c'est nous qui en écrivons les lettres
Siamo noi che abbiamo tutto da vincere o tutto da perdere
C'est nous qui avons tout à gagner ou tout à perdre

E poi la gente (perchè è la gente che fà la storia)
Et puis, les gens (car ce sont les gens qui font l'histoire)
Quando si tratta di scegliere e di andare
Quand il s'agit de choisir et d'y aller 

Te la ritrovi tutta con gli occhi aperti

Tu les retrouves tous avec leurs yeux ouverts
Che sanno benissimo cosa fare
Qui savent très bien quoi faire

Quelli che hanno letto milioni di libri

Ceux qui ont lu des millions de livres
E quelli che non sanno nemmeno parlare
Et ceux qui ne savent même pas parler
Ed è per questo che la storia dà i brividi

Et c'est pour cela que l'histoire donne des frissons
Perchè nessuno la può cambiare
Parce que personne ne peut la changer

La storia siamo noi, siamo noi padri e figli
L'histoire, c'est nous, nous sommes pères et fils
Siamo noi, "Bella Ciao", che partiamo

C'est nous, "Bella Ciao", qui partons
La storia non ha nascondigli

L'histoire n'a pas de cachettes
La storia non passa la mano

L'histoire ne passe pas la main

La storia siamo noi
L'histoire, c'est nous
Siamo noi questo piatto di grano
Nous sommes ce plat de grains

 Venise 1959 – Willy Ronis

Et puis, de manière plus personnelle, une autre chanson fait partie de mon histoire à moi. Elle a été créée par Gualtiero Bertelli en 1977 et reprise de façon divine par Francesco De Gregori et Giovanna Marini en 2002 (album Il fischio del vapore).

La particularité de cette très belle chanson d’amour sur fond politique est qu’elle retrace un peu l’histoire des miens et qu'en plus, elle est chantée en dialecte vénitien, le dialecte de mes parents, la langue de mes racines, de là d'où je viens, que je parle un peu et comprends très bien.
Alors même si, comme le chante Maxime Leforestier, "être né quelque part c’est toujours un hasard" et "qu’on ne choisit pas ses parents ni sa famille", je bénis le hasard et tous les mystères de la vie de m’avoir fait naître dans cette famille là que je ne voudrais échanger pour rien au monde…
Oui, l’histoire, c’est nous…

A mes parents, ma sœur et mon frère
"Nina ti te ricordi" (Nina, tu te souviens)




jeudi 1 mars 2012

Lucio Dalla, il cantautore


Il y a des morts d’artistes qui m'ébranlent plus que d’autres, je le dis simplement, sans tomber dans le pathos ni dans les longs discours remplis de larmes et de cris d’effroi, non, rien de tout ça. 
Il y a des morts d’artistes qui me touchent plus que d’autres et Lucio Dalla en fait partie.


Lucio Dalla est l'un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes italiens. Il nous raconte son pays, qui est celui de mes racines, à travers des tranches de vie de ses compatriotes et peut-être un peu les siennes aussi, avec poésie et profondeur, tout en y glissant parfois un message politique qui n'est pas pour me déplaire. 
Sa carrière débute dans les années '60 et son répertoire est immense. Il n'est pas seulement l'auteur de "Caruso" qu'il a écrit pour Pavarotti et que d'autres interpréteront, d'Andrea Bocelli en passant par Florent Pagny entre autres; avec plus de 600 titres à son actif, il a bercé plusieurs générations jusqu'à hier soir dans une salle de concert de Montreux...

Lucio Dalla, c’est toute ma jeunesse, mes années d’insouciance, c’est pour moi, l’Italie de la fin des années '70 et début '80, ces années où tout nous semblait possible, ces années où on avait encore l’illusion qu’on pouvait changer le monde.

Lucio Dalla, c’est aussi mes premières vacances ailleurs que dans la famille et sans papa-maman. Mes premières émotions à prendre le train de nuit jusqu'à Naples, Rome, Taormina ou Cefalù et le bateau pour Lipari ou Capri. Les fous rires, mes copines, ma soeur, mes amis là-bas, les retrouvailles, les au-revoirs sur le quai de gare et toutes ses chansons qu’on connaissait par cœur et qu’on chantait ensemble, sur la plage ou dans les ruelles de Capri.

Le cœur de Lucio Dalla a lâché ce matin, dans un hôtel au bord du lac Léman à Montreux, en pleine tournée européenne, il devait passer à Genève ce dimanche…
Son ami, Francesco De Gregori, autre grand cantautore italien que Lucio Dalla avait retrouvé sur scène en 2010, 30 ans après leur première tournée ensemble, a juste dit ces quelques mots à la presse : "C’est un moment de très grande tristesse et je n’ai pas le courage de parler avec qui que ce soit."
"Un chagrin poignant, muet" a retranscrit la journaliste du Temps dans son article.

Oui, il y a des morts d’artistes qui me touchent plus que d’autres, tout simplement parce qu’ils ont fait et font partie de ma vie en m'emmenant avec eux dans leurs rêves et parce qu'ils m'aident, à travers leurs chansons, à pouvoir continuer à espérer.
Alors, chut et respect...

Trois chansons parmi mes préférées del caro amico Dalla :
           
           






         A Vivi et Palmira…

dimanche 4 septembre 2011

Gianmaria Testa l'intimiste



Peu connu du grand public (lui aussi), Gianmaria Testa balade pourtant ses mots depuis de nombreuses années, seul avec sa guitare ou accompagné par ses musiciens, dans l’intimité de petites salles de concert.
Ce chef de gare et poète piémontais, artiste engagé, nous chante sa vision de la vie et de l’Italie de Berlusconi, les injustices sociales dans son pays comme ailleurs, les déracinés et le manque de solidarité entre frères humains. Et puis, il nous parle aussi et surtout d'amour, raconte la solitude, le temps qui passe et la beauté de sa terre, toujours avec profondeur et chaleur humaine.
J’ai eu le bonheur de le voir hier soir en concert, dans le cadre des festivités organisées à l’occasion du 225ème anniversaire de ma commune genevoise et ça a été un moment magique et hors du temps, d’autant plus agréable que la pluie qui s’était invitée quelques heures auparavant a cessé juste avant que ne commence le concert.
Ses textes, tout comme le cœur de cet homme, sont très beaux. En voici deux, avec leur traduction en français.



Polvere di gesso

Io ogni mattina ascolto l'alba

e la sera il tramonto

e tutto il rumore che fa

e poi per ogni giorno che passa

faccio un segno su un muro

di questa città

perché non è il tempo
che mi manca
 
e nemmeno l'età

Io ogni mattina quando parto

lascio aperta la mia porta

se qualcuno verrà

e poi metto polvere di gesso

sul pavimento di casa

per i passi che farà

perché quando c'è una porta aperta
di sicuro prima o dopo si sa

Io ogni sera quando torno

lascio delle tracce bianche

sulla polvere che sa

che qui non ci viene mai nessuno

e nemmeno per oggi

non ci sono novità

e poi richiudo la mia porta

per la notte e per il freddo che ci fa

Io ogni mattina ascolto l'alba

e la sera il tramonto

e tutto il rumore che fa
e poi per ogni giorno che passa

graffio un pezzo di muro

di questa città

perché non è il tempo 
che mi manca
 
e nemmeno l'età
Poussière de craie

Chaque matin j'écoute l'aube
et le soir le coucher du soleil
et tout le bruit que ça fait
et puis pour chaque jour qui passe
je fais une marque sur un mur
de cette ville
parce que ce n'est ni le temps
qui me manque 
ni l'âge

Chaque matin quand je pars
je laisse ma porte ouverte
au cas où quelqu'un viendrait
et puis je mets de la poussière de craie
sur le sol de la maison
pour les pas qu'il fera
parce que quand il y a une porte ouverte
c'est sûr, un jour ou l'autre ça se sait

Quand je reviens chaque soir
je laisse des traces blanches
sur la poussière qui sait
qu'ici il ne vient jamais personne
et même pas aujourd'hui
il n'y a pas de nouvelles
et puis je referme ma porte
pour la nuit et le froid qu'il y fait

Chaque matin j'écoute l'aube
et le soir le coucher du soleil
et tout le bruit que ça fait
et puis pour chaque jour qui passe
je griffe un morceau de mur
de cette ville
parce que ce n'est ni le temps 
qui me manque 
ni l'âge


Seminatori di grano

Sono arrivati che faceva giorno
uomini e donne all'altipiano
col passo lento, silenzioso, accorto
dei seminatori di grano

E hanno cercato quello che non c'erà
fra la discarica e la ferrovia
e hanno cercato quello che non c'erà
dietro i binocoli della polizia
e hanno piegato le mani 
e gli occhi al vento prima di andare via

Fino alla strada
e con la notte intorno
sono arrivati dall'altipiano
uomini e donne con lo sguardo assorte
dei seminatori dl grano

E hanno lasciato quello che non c'erà
alla discarica e alla ferrovia
e hanno lasciato quello che non c'erà
agli occhi liquidi della polizia
e hanno disteso le mani
contro il vento che lì portava via
Semeurs de blé

Ils sont arrivés, il faisait jour,
hommes et femmes des hauts plateaux
avec le pas lent, silencieux, prudent
des semeurs de blé

Et ils ont cherché ce qui n’existait pas
entre la décharge et la voie ferrée
et ils ont cherché ce qui n’existait pas
derrière les jumelles de la police
et ils ont plié les mains 
et les yeux sous le vent avant de s’en aller

Jusqu’à la route
et entourés par la nuit
ils sont arrivés des hauts plateaux
hommes et femmes avec le regard absorbé
des semeurs de blé

Et ils ont laissé ce qui n’existait pas
à la décharge et à la voie ferrée
et ils ont laissé ce qui n’existait pas
aux yeux transparents de la police
et ils ont tendu les mains
contre le vent qui les emportait

*  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *  *

Il parle très bien français, aime Brassens et Léo Ferré qu’il a repris d’ailleurs en 2008 avec d’autres artistes italiens, l’album s’appelle "F. à Léo".

J’ai découvert une interview intéressante de Gianmaria Testa datant de 2010 à l'occasion de la sortie de son album live "Solo dal vivo". 
On peut l'écouter en cliquant ici.
Il nous parle, entre autres, des artistes qu’il aime et des morceaux qu’il écoute au moment de l’interview : 
Lhasa (El desierto), Paco Ibanez (Cordoba, lejana y sola), Arthur H (Petite reine), Vinicio Capossela (Ultimo amore) et Alain Bashung (Osez Joséphine).

J'ai adoré qu'il cite Bashung (je me demande bien pourquoi...) et ses mots m'ont bien plu :
"Là aussi j’ai eu un choc quand j’ai appris qu’il n’était plus là… Très loin de moi et c’est peut-être pour ça que je l’aime beaucoup…". 

Un nouvel album est prévu, "Vitamia", qui sortira fin octobre 2011. Je me réjouis de le découvrir !