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samedi 27 novembre 2010

Les mots bleus de Christophe s'envolent sur la plage alcaline de Bashung, par Dragonfly


20.30h jeudi soir, théâtre du Casino Barrière à Lille.
La foule emmitouflée se presse, trace vers le 1er étage et sa salle de concert flambant neuf, bien en avance sur le beau bizarre pour qui ce début de soirée n’est pas très loin du réveil… Décalé depuis toujours, bel oiseau de nuit  pâle que la crudité du jour semble effrayer.
Pas grave, on l’attend, on est dans la place au chaud, bien heureux d’avoir échappé aux flocons et au manteau blanc neigeux qu’on retrouvera plus tard, au retour.
Quelques regards furtifs, à droite à gauche, sur les arrivants qui lentement emplissent la grande salle un peu froide.  Ma fille de 20 ans m’accompagne pour ce baptême qui me fait me souvenir d’un autre, Bashungien, sur  la tournée Bleu Pétrole. C’était hier, à peine, comme une éternité désormais, presqu' irréel.
Beaucoup de personnes âgées, c’est ce qui me frappe. Rapide calcul, normal en fait. Quel âge a-t-il ? Probablement celui de ma mère. Moi je suis entre les deux, entre les mamies à mise en plis et les jeunettes Ipodées qui chaperonnent  les quelques quadras de la salle.
Je me remémore la tournée précédente, il y a un an, quand au Sébastopol, murée dans un chagrin d’une infinie violence j’étais allée découvrir ses mots bleus en live. C’était la première fois, convertie à son univers depuis peu en fait, 2001, soit deux albums et 3 ou 4 vieux titres.
Il finit par arriver et s’installe au piano, sitôt rejoint par deux jeunes musiciens. Un guitariste virtuose  qu’il nous présentera par la suite, Christophe VAN HUFFEL, tour à tour enchanteur et magicien,  manipulant l’archet  sur son instrument pour le métamorphoser en violoncelle… du jamais vu. Habité, simplement.  C’est le mot qui me vient à l’esprit. Le public l’acclamera à plusieurs reprises dans la soirée.
Pascal CHARPENTIER au piano, est plus discret. C’est celui qui égare et mélange (un peu) les partitions des vieux titres au moment du medley final. Charmant en tout cas.
Ces deux là sont des proches. Ils ont bossé sur le dernier album et expérimentent avec  l’apprenti sorcier des sonorités inédites pour le prochain annoncé  pour septembre 2011.
Autant le dire tout de suite,  j’ai eu des craintes et ça partait mal…
Les mamies qui crient Aline à chaque intro je me disais que ça n’allait pas le faire. Comme je suis une fille polie et que je n’ai jamais insulté une grand-mère, j’ai gardé le cap, concentrée, même quand la voisine de ma grande fille a commencé à piétiner son sac par terre avant de shooter dedans  sans esquisser un début d’excuse. Même quand elle s’est mise à déborder tellement de son siège qu’elle a fini  pratiquement sur les cuisses de ma petite, délicate et charmante au demeurant, qui, se réfugiant contre sa maman a tout de même déclaré haut et fort  ‘qu’est ce que tu sens bon maman, c’est pas le cas de tout le monde’. Je concède qu’il s’agit là d’une déclaration bien peu chrétienne mais il faut ajouter, à sa décharge, que la petite dame n’avait pas sucé que de la glace.
Allez merde, un concert de Christophe, ça se mérite. Lui-même carburant au Jack Daniels sur scène mais à notre santé… comment lui en vouloir ? 
Une fois passées les indélicatesses, le hors sujet des requêtes soixantenaires que seule Aline,  la Gaby de Christophe semble pouvoir apaiser,  la soirée a été magnifique.
Ce spectacle est l’épure de celui de l’an dernier. Allégé de toute mise en scène, il a gagné en profondeur. Un tabouret, deux musiciens, une icône dont je me suis dit que décidément, le rock conservait merveilleusement ses adeptes. Pantalon et veste de cuir, bottes, profil apache. Décidément celui-là survolait les années sans les additionner au compteur.
Il a pris de l’épaisseur, de l’assurance. La fragilité qu’il exposait l’an dernier a disparu. Il parle, raconte, s’inquiète de faire plaisir. Il est devenu chaleureux, s’attardant longtemps après le spectacle, très ému. Saluant, serrant des mains, pas pressé de partir. Honnête et en paix avec lui-même, bien planté dans ses bottes pour un bout de temps encore, rassurant.
Inutile de vous dire comment il m’a embarquée, cueillie puis déposée où les fleurs poétisent, vous savez. Ses mots bleus ne m’ont pas fait pleurer, j’ai grandi, je grandis (je l'ai déjà dit je sais)…
Enfin le moment tant attendu arrive. Il l'amène en douceur au début de la seconde partie du spectacle, après le rituel de la pause havane, quand il se met à parler doucement, comme à lui-même, quand il dit : ‘Je pense souvent à lui’. Là j’enchaine mentalement en lui répondant ‘moi aussi, pas un jour sans’. La lumière se fait rose et il raconte leurs déjeuners, le manque. Il dit qu’il était son ami, quelqu’un crie ‘le nôtre aussi’. Il dit ‘oui, je sais’, et commence : ‘Si tu veux j’peux t’aider….’
C’est beau. La voix est parfaite, bien placée. Je n’ai pas voulu écouter les versions du net, je découvre donc le cœur serré. La salle est conquise. Les mamies-aline l’ont bouclée, tant mieux pour elles. J’chuis pas cruelle, juste violente… Il fut un temps où je ne supportais pas sa voix. A t'elle changé ? A t'il changé ? à moins que ce ne soit moi.
A quand un live de cette tournée ? Les arrangements des titres anciens sont à tomber, même Senorita m’a entraînée dans le tourbillon de sa robe de taffetas.
Il ne semblait pas pressé de partir,
Nous non plus.




jeudi 18 novembre 2010

Les Espoirs de Coronthie par Dom



Dire que ce groupe existe depuis pratiquement une dizaine d’années !!! (où donc étais-je)
Dire que ce groupe a déjà publié en tout cas 3 albums (qu’écoutais-je donc)
Dire que ce groupe était en concert en juillet dernier au festival de la Cité à Lausanne pour 2 concerts - festival gratuit par ailleurs - je ne les connaissais malheureusement pas encore… quelle erreur… mais j’ai une excuse faussement valable, j’étais à un concert de Seun Kuti à Torino (fils prodigue du plus grand… FELA KUTI), le regret est donc quelque peu amoindri.
Voici 3 bonnes raisons de m’en vouloir d’être passé à côté d’eux durant tout ce temps. Il est donc maintenant l’heure pour moi de rattraper le temps perdu et d’essayer de promouvoir avec mes maigres moyens ce groupe absolument grandiose.
La musique africaine, mère de toute les musiques à mes oreilles, a une force, une puissance, une faculté que nulle autre musique ne peut se targuer d’avoir… (et pourtant j’en écoute beaucoup dans tous les styles).
ELLE VOUS PREND LES TRIPES.
Tout passe par l’émotion, les sons merveilleux de ces instruments traditionnels et ces chants à plusieurs voix… Alors peu importe que l’on comprenne les paroles, à la limite cela en devient même secondaire, quand on entend des morceaux d’une pureté pareille, on ne peut que se dire que leurs paroles sont elles-mêmes pures et bienfaisantes ou alors laissons-nous transporter et imaginons nous-mêmes nos propres paroles au gré de notre ressenti.
En conclusion, comme dirait Nanard, LA MUSIQUE EST UN CRI QUI VIENT DE L’INTERIEUR (pour info le Nanard en question, Lavilliers, vient de sortir un nouvel album).
Longue vie aux ESPOIRS DE CORONTHIE
Africa Forever
Dom

N.B. : ci-dessous quelques extraits de biographies glanées ici et là sur internet au sujet de ce groupe. 
1) « Plus qu'un groupe, les Espoirs de Coronthie sont un véritable phénomène en Guinée… Quelque soit le lieu où l'on se promène on peut entendre leur musique résonner : dans les cafés, les clubs, à la radio, dans la rue, jusque dans les taxis… Rigoureusement impossible de passer à côté ! S'appuyant sur les instruments et les sons de leur pays (balafon, kora, djembé, bolon, gongoma…), les artistes proposent un groove original dont le succès repose sur la qualité vocale des trois chanteurs.
Un spectacle puissant… des artistes généreux… une énergie contagieuse… les "Espoirs de Coronthie" nous présentent en musique et en danse une Afrique sans concession et profondément vivante. »

2) « Les espoirs de Coronthie (du nom d'un quartier de Conakry) regroupent 14 artistes : musiciens, chanteurs et danseurs, tous issus de la Coronthie. Agés de 18 à 27 ans, ils appartiennent à la génération montante des jeunes musiciens de la capitale. La plupart a été formée dans le célèbre ballet Bassikolo par l'un des grands maîtres de percussion guinéenne : Mr Fatoube Camara.
Le groupe a sorti son premier album en 2002 qui a connu un vif succès auprès du public guinéen.
Certains titres tels que « djarama » (bonjour), « kobiri » (argent) ou « Mikhidi » sont même devenus des tubes passant régulièrement sur la radio nationale. 
Et les concerts se sont multipliés dans les clubs de Conakry ainsi que dans la basse côte du pays, ce qui a permis au groupe de se professionnaliser et de remporter des prix prestigieux. 
Les espoirs de Coronthie connaissent enfin une reconnaissance par la profession. 


En mai 2004 un second opus est enregistré avec la collaboration artistique d'Antoine Amigue, un auteur compositeur français qui les avaient rencontrés à Conakry en 1998. 
Ce dernier participe aux arrangements musicaux (les chœurs et la musique) et ajoute à leur répertoire une de ses chansons intitulée « Wountanara » (on est ensemble). 
Cette collaboration est une suite logique d'une aventure musicale et humaine particulièrement intense. Le résultat leur donnera raison puisque l'album « Dunya Igiri » (Le chemin de la vie), fait un véritable carton en Guinée. 
L'album est un vrai succès (70 000 albums vendus). Les titres : "Grand", "Soulier", "Love" "Kibongue", "Divorcé", résonnent partout à Conakry on ressent toute la force et l'intensité des textes de leurs chansons (interprétées en soussou et aussi pour certaines en français.
Les tubes sont diffusés quotidiennement sur la radio nationale et le groupe obtient les "Djembé d'or 2005" du meilleur groupe et du meilleur album traditionnel. 
Ce qui vaut aux Espoirs de Coronthie d'être l'un des groupes phare de la scène guinéenne.

Cliquer ici pour une vidéo live - "Tinkhinyi"

vendredi 24 septembre 2010

Bashung - l'hommage des helvètes underground à Lausanne, par Corinne


Fondu enchaîné sur la Baie de Lausanne
Pour un pélican combien de frangipanes ?


Fin de la parenthèse enchantée et des coucous de contrebande et retour sur l'hommage rendu le vendredi 17 septembre par les "helvètes underground" à Alain Bashung, à la salle Métropole de Lausanne, dans le cadre des festivités de Label Suisse 2010.
Bien sur, des hommages à Alain Bashung, il y en a eu, il y en a et il y en aura, pour des raisons multiples et variées, bonnes et mauvaises, des hommages marqués par l'émotion et l'enthousiasme, et le plus souvent la (bonne) volonté de s'inscrire dans ce courant à la croisée de la recherche sur les textes et la musique et de transmettre. Ce ne sera que justice au regard de l'œuvre monumentale et de l'originalité du processus créatif de Bashung.
Mais si je dois me souvenir de cette incroyable soirée du 17 septembre, je crois que je préfèrerai à la notion d'hommage la formule de Jean Fauque sur "l'adieu au Mage" au détour d'une évocation d'Alain l'alchimiste, capable de mettre sens dessous les studios ICP de Bruxelles en quête de son Imprudence. Car de potions, de grimoires et de magie, il n'aura finalement pas été question d'autre chose durant ces 115 minutes d'éternité conduites avec « force et tendresse » par Gérard Suter. L'homme des ondes romandes confessait d’ailleurs en fin de soirée, heureux et visiblement ému achever avec cette soirée un voyage initiatique entrepris avec son complice David Golan « night and day » durant 4 à 5 mois dans l'univers artistique de Bashung. 

Ici et là, durant l'après midi de "veillée d'armes" avant la soirée, quelques bribes de discussion entre musiciens et techniciens s'affairant en vue de la soirée, notamment ce : "Ah, parce que tu crois qu'il est mort Bashung, toi ? Et ben non...". Pas très étonnée de la teneur de l'interview de Rodolphe Burger,  aura aussi puissante que discrète, s’expliquant à demi-mot sur ses refus successifs de participer à des manifestations en hommage à Bashung. "Mais là" concédait t'il dans un murmure, "ce n'est pas (tout à fait ?) pareil...". Tu vois ce convoi qui s'ébranle, non ?...
Chorégraphie d'installation du plateau, ballet silencieux ou presque des techniciens et musiciens, regards échangés, sourires complices, inquiétudes, réglages, balance, et arrivée progressive des artistes. Un peu de retard pris, rien de grave, regard aussi bienveillant que vigilant du Maître de cérémonie et des magiciens, pardon, des musiciens, des Mobile in Motion, les deux skippers hors pair de l’aventure, parés pour l'embarquement nocturne.
Derrière le rideau virtuel de la scène Métropole, l'après-midi avançait sans star ni cador, la fluidité des mouvements et la simplicité des participants reste de mise, contrastant avec le professionnalisme des acteurs au service du projet. 

Et puis tout d’un coup le silence qui précède le début du filage, et pour les petites souris présentes dans la salle, le vrai miracle de la décou-verte d'interprètes connus ou non posant tour à tour leur voix sur les arrangements de Christophe Calpini et Fred Achadourian. Ca le fait et on sait à partir de là que la soirée fera date, par la profondeur de la recherche musicale comme par l'audace toute en maitrise des orchestrations des Mobile in Motion et la généreuse complicité qu'ils nouent avec la palette d'artistes venue librement poser leur touche personnelle sur les titres choisis dans le répertoire bashungien. Tout est si calme ce soir, puis-je être ému (e) ?

Les morceaux retenus naviguent avec aisance dans les décennies de Bashung. En dehors des albums de jeunesse, seuls Chatterton et Bleu Pétrole manquent à l’appel. S’égrènent en revanche les emprunts presque toujours heureux à Roulette russe, Pizza, Play Blessures, Passé le Rio Grande, Novice, Osez Joséphine, Fantaisie militaire et l’Imprudence, Fantaisie militaire restant une source majeure d’inspiration pour les musiciens et interprètes de la soirée des Helvètes underground.

Tout est prêt pour que le résultat soit à la hauteur des espérances des organisateurs et bien au delà, le point commun de l’ensemble des participants, semblant être, sous l’étoile de Vénus, le respect de l’œuvre et la totale liberté d’interprétation. 19h05, la soirée peut débuter dans l’enthousiasme très contagieux d’une salle désormais bondée.


La magie opère d’emblée, malgré le trac patent du début de cette première. Se succèdent sur scène et au micro  du producteur, accompagnés par Christophe Calpini, Fred Hadchadourian, Alberto Malo, Laurent Poget et Christophe Chambet :  Franco Casagrande (Helvète underground), Franz Treichler (Aucun express, Mes prisons), Franz Treichler et Pascal Auberson pour le seul duo de la soirée sur Volontaire, Pascal Auberson (Osez Joséphine, Dehors), Rodolphe Burger (Samuel Hall), Olivia Pédroli (By Proxy), Boris Bergman (Gaby en VO non sous- titrée, Elsass Blues, Station service), Polar (Volutes, Madame rêve avec Eric Truffaz à la trompette), Oy (Malaxe, Noir de monde), et enfin Jean Fauque, le frère et ami, qui clôt cette soirée si inspirée par un talk over sur Mes bras et La nuit je mens… « où subsiste encore ton écho, ad lib… » 




18 titres pour une soirée absolument hors norme, d’un niveau de précision et de recherche musicale absolu, d’une finesse d’interprétation et d'énergie incroyable, capable de réconcilier les plus réticents et les plus puristes des aficionados avec la perspective d’un Tribute. Un petit mot encore sur deux (trois) artistes  dont les interprétations m'ont laissée sans voix et dont les échos me poursuivent encore. D'une part, le duo formé par Pascal Auberson et Franz Triechler sur Volontaire, époustouflant de force et d'énergie pure, dans un duo fonctionnant en totale complicité. 
Le making of de la soirée, sur TSR, permet d'ailleurs de découvrir les deux artistes répétant et calant le morceau, éclairant  au passage le travail préparatoire nécessaire pour que les interprètes puissent trouver leurs marques sur les textes d'Alain Bashung et les audacieuses orchestrations des Mobile in motion. 


Au delà, comme ensuite pour Oy sur Malaxe et Noir de monde, j'ai été stupéfaite par l'intensité renouvelée que ces morceaux prenaient dans leur bouche. Le cri "Volontaire" de P. Auberson, le "Malaxe" et le "Noir(e) de monde de Oy étaient pour moi totalement bouleversants. 
L’adieu au Mage s’achève dans une ferveur qui rappelle à en pleurer les concerts de la tournée bleue pétrole. Il s’est passé « quelque chose » et derrière les traits fatigués et heureux, on sait bien que chacun l’a bien perçu. Alors voilà, c’est fini, faites de beaux rêves… On se sépare forcément un peu hagards sous la bannière étoilée des cieux de Lausanne, bizarrement habités par une douce énergie, prêts à chalouper entre les groupes musicaux qui jouent sur les scènes extérieures de la manifestation Label Suisse. Il fait doux, Gotan Project joue devant un public conquis. Tendre est la nuit et on est heureux, tout simplement heureux… On se dit qu’il ne faudra pas garder tout cela pour soi et raconter, même si les sensations et l’émotion sont nécessairement irréductibles au récit, et surtout ne pas oublier de finir en rappelant que l’Usine à Gaz de Nyon ouvre samedi 25 septembre au soir ses portes à ce concert tout à fait exceptionnel, qui justifierait l'enregistrement live, "pour que les trous de mémoire ne tombent pas dans l'oubli".

EQNDx
Corinne



dimanche 22 août 2010

"Bashung" par Dragonfly


"J'peux t'aider, ça m'a l'air un peu dur à porter..."

Tiens c'est marrant ce que vous me dites là.
Ca sonne comme Alcaline une chanson de Bashung, qui était en fait à la fois une lettre d'adieu et un clin d'oeil à une chanson de Christophe... mais ça j'lai appris beaucoup plus tard, bien après le départ de l'Apache vers l'Irréel...
Ah les maux de Bashung, un jour on tombe dedans et on en ressort jamais.
C'est comme le pays des merveilles d'Alice, on court derrière un lapin et on finit par tomber amoureuse du chapelier. Il appelait ça 'happer' Bashung, je me souviens. Lui, le magicien des mots, metteur en scène d'histoires simplement humaines, dures et vraies à la fois.
Vous savez, c'est comme poser ses pas dans une empreinte ou comme ce truc qu'on ressent parfois en lisant un bouquin où certaines phrases semblent sorties de votre tête, ces fois où vous vous dites que vous auriez pu écrire si vous aviez osé... 'Osez' tiens, encore un mot qui me ramène à lui qui s'est révélé devant chaque obstacle, toujours à casser pour recommencer, brouiller les pistes, refuser la facilité, suivre la destinée qu'il s'était tracé, seigneur en quête d'éternel absolu.
Après tout peut-être n'était-ce qu'une simple revanche sur la vie qu'il avait préféré colorer de poésie et d'intransigeance. S'élever, toujours, faire monter l'aventure, au-dessus de la ceinture il disait...
Sa petite entreprise c'était souvent la boîte de Pandore mais nous on s'y retrouvait là-dedans, dans ses douleurs et ses notes mêlées ça devenait la dimension des miracles, un truc qui parlait directement à l'âme, ouais c'était comme ça... D'ailleurs maintenant qu'il tutoie les anges, on a gardé cette habitude de papoter avec lui, en tête à tête.
Pourquoi j'vous raconte tout ça moi... c'est tellement personnel. Ca doit être votre voix ou votre profil je sais pas.
C'est comme si j'vous parlais de mon père qui l'aimait bien avant moi Bashung, même que gamine j'l'entendais fredonner Gaby dans son atelier. Ca m'faisait marrer mon père qui chantonnait ce truc qu'on entendait sur toutes les radios. C'était léger, bizarre. Moi j'écoutais Police, j'avais 14 ans.
Puis il a mis les voiles mon papa, l'année du Joshua Tree et de mes 20 ans. Son petit coeur usé par une vie trop difficile l'a lâché. Mon petit cousin a hérité de son harmonica et moi des regrets éternels, mais j'mégare.. . tiens j'avais pas remarqué ce trapèze.
Vous savez comment il m'a scotchée moi Bashung? Sans faire de mauvais jeu de mots, ça s'est fait avec Chatterton. Avant y'avait eu le tubesque 'Joséphine' quand même, simplement parfait. Musique, image, sensualité réunies. Lui, la fille, le cheval, énorme j'vous dis, sulfureux !! Pourtant Joséphine dans le vrai cirque de la vie, c'était juste une tante alsacienne (quoique).
C'était comme si j'le voyais pour la première fois. J'l'ai trouvé si beau mon macadam cow-boy, si droit et élégant dans ses boots en serpent qu'j'ai acheté une compil j'me souviens. Un truc que j'traînais partout et qu' j'écoutais surtout dans la bagnole.
Chatterton c'était pas pareil... je pouvais pas partager. C'était comme un pansement sur mes bobos de séparation, de déménagement et de solitude. Mon petit remède à moi. J'brisais la glace en cas d'urgence et c'était tous les soirs.. j'me souviens de ce disque comme d'un voyage, le premier qu'on a fait ensemble, le début de notre histoire.
Après 'Fantaisie Militaire' est venue. On était en décalage lui et moi, comme le titre de son disque, divorce contre nouvelles amours, mais l'écho de ses malheurs trouvait sa place comme une réminiscence dans le bleu de mon nouveau ciel. C'est devenu MON album, l'album de ma vie, d'une vie, celui que j'ai usé à force d'écoutes répétées. Le plus beau, l'inégalé encore à ce jour pour moi.
Puis le soir du 14 mars 2009 j'ai franchi le pas de l'Imprudence, la plus sombre et lumineuse à la fois de ses compositions car Bashung c'était ça, l'ombre et la lumière. L'opus qui m'a ouvert tant de portes malgré l'infinie tristesse et le manque qui se sont installés après son départ... putain c'que tu peux manquer à l'appel, à la pelle, à la pelle...
Oh monsieur vous partez ? Y'a plein d'étoiles dans vos yeux, soyez pas triste.
Vous savez on est tous pareils, pauvres petits légos qui s'emboitent et se déboitent. Unité et universalité, noirs de monde, il m'a fait comprendre tout ça Bashung, et aussi que ce qui compte c'est le chemin, pas la destination.
Même si je sais que désormais aucun navire n'ira.
Non, aucun.
Ah j'oubliais, que ne doux surtout,
et merci d'avoir été, simplement.
Merci.
Dragonfly